L'artiste Isabelle Gagné assise sur un fauteuil dans son atelier, entourée d'étagères remplies de livres et de matériel d'art.

Crédit photo : Véronique Duplain

BIOGRAPHIE

Isabelle Gagné est une artiste multimédia dont la pratique explore la mémoire, la trace et le territoire à travers des processus biologiques, numériques et sculpturaux. Pionnière de l'art mobile au Québec, elle a développé au fil des années des œuvres qui articulent expérimentation formelle et réflexion sur les présences invisibles inscrites dans les objets, les archives et les lieux.

Son travail a été présenté dans le cadre d'expositions individuelles et collectives au Canada et à l'international, notamment au Mois de la Photo à Montréal sous le commissariat de Joan Fontcuberta, à l'Assemblée nationale du Québec, à Ada X, à Sporobole, à Topo laboratoire d'écritures numériques, au Centre canadien d'architecture et au Musée de la civilisation. Elle a également pris part à The Wrong, Biennale internationale d'art numérique, et présenté sa pratique lors de conférences à l'Université Massey de Wellington, à la NYU Tisch School of the Arts et à l'Experimental Photo Festival de Barcelone. Elle a participé à plusieurs résidences de recherche et de création, notamment à La Chambre Blanche, au Sabord, chez Sagamie et aux Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie. Elle compte plusieurs œuvres permanentes dans l'espace public québécois.

Lauréate du Prix du CALQ, Artiste de l'année dans les Laurentides en 2024, et boursière à de nombreuses reprises du Conseil des arts et des lettres du Québec, elle a cofondé le Mouvement d'art mobile et le collectif Bleu Diode, et coécrit l'essai Pourquoi l'art mobile, publié dans la revue Théorème aux Presses Sorbonne Nouvelle.

Isabelle Gagné vit et travaille à Mirabel, au Québec.


DÉMARCHE

Mon travail s'articule autour des traces que le passage humain dépose sur les objets, les archives et les territoires. Non comme vestiges figés, mais comme surfaces actives, soumises au travail continu du temps. Mon attention se porte sur ce qui persiste : résidus biologiques, fragments numériques, altérations imperceptibles portant la charge d'une présence révolue, mais toujours active.

J'aborde l'archive comme matière à interroger, à détourner, à recontextualiser. Je prélève des micro-organismes sur des surfaces, des objets ou des lieux chargés d'histoire. Cultivés en boîte de Pétri, ils génèrent des formes qui échappent à ma volonté. Elles émergent de la rencontre entre le protocole établi et l'autonomie du vivant, portant à la fois une origine inscrite et un devenir incertain. Le vivant y agit comme co-créateur, introduisant dans la démarche une imprévisibilité que je ne cherche pas à résorber, mais à maintenir comme condition même de l'oeuvre.

Cette tension entre contrôle et altération traverse l'ensemble de ma pratique. Elle se manifeste dans mon rapport aux images numériques, dont je cultive certaines instabilités : ces altérations visuelles interrogent la nature lacunaire de la mémoire, ce qui se perd ou se déforme dans l'acte même de transmission. La matérialisation sculpturale constitue un prolongement de cette recherche : elle opère un passage de l'image à la matière, conférant à la mémoire une forme tangible.

À la croisée du documentaire et du poétique, du scientifique et du sensible, du numérique et de l'organique, mon travail tente de faire émerger l'imperceptible : des présences latentes, des récits enfouis, des temporalités superposées. En travaillant à partir du territoire, des archives institutionnelles ou personnelles, je cherche à révéler une mémoire composite, faite de données, de matière et d'imprévisibilité, qui interroge notre rapport à ce que nous laissons derrière nous.


Plusieurs projets développent ces axes de recherche, dont Mémoire vivantes, Stratotype Digitalien et CYMX, chacun explorant à sa manière la relation entre territoire, archive et image. Découvrez tous les projets ici


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